Rechercher

De TF1 à Libération : la fumisterie de la presse


Le Kremlin-Bicêtre, le 14 février 2017

Communiqué de presse n°11

De TF1 à Libération : la fumisterie de la presse

Les français méritent un véritable débat sur l’économie

Apostrophé le 1er décembre 2016 lors du 20 heure de TF1 par Gilles Bouleau, Jean-Luc Mélenchon s’est vu propulsé dans le même sac que Madame Le Pen au motif que les deux veulent « revenir à une certaine forme de planification ». Et le zélé serviteur du libéralisme d’ajouter que tous deux souhaitent « planifier comme au temps de Brejnev en Union soviétique ». Quelques jours plus tard, le 14 décembre 2016, Léa Salamé – recevant François Ruffin sur France Inter - lui emboitait le pas en opérant un rapprochement hasardeux entre la gauche et l’extrême droite n’hésitant pas à laisser encore une fois entendre que Marine Le Pen « veut revenir à une forme de planification ».

À Présent c’est au tour d’Aurélie Delmas, journaliste à Libération, de se piquer à discuter de planification. Doctement, elle écrit : « À la planification, qui renvoie à une vision centralisatrice, désuète et un peu autoritaire de l’économie, le candidat de « la France insoumise » accole des critères environnementaux et sociaux. Façon pour lui de se positionner entre les "rouges" et les "verts" ». (http://www.liberation.fr/france/2017/02/08/planification-ecologique-la-formule-magique-de-melenchon_1547240).

Que d’affirmations erronées et légères dans ces présentations fantaisistes qui relèvent davantage du parti pris politique que d’une volonté d’éclairer les français sur la teneur des programmes politiques !

À propos de la prétendue centralisation de la planification

La planification n’a jamais été véritablement centralisée ! Cela relève purement et simplement de l’affabulation, du fantasme. Dans les théories de la planification, y compris les plus autoritaires développées principalement au sein de l’Académie des sciences de l’U.R.S.S(1), une large part des calculs du « plan optimal » était déléguée aux acteurs locaux, notamment aux entreprises. C’est là un point commun avec les doctrines occidentales(2). À l’opposé, d’autres stratégies de planification formulées par les « planificateurs d’entreprise », notamment à l’est, s’attachaient à ne fixer que quelques indices laissant pour le reste un libre arbitre aux acteurs privés(3). Enfin de nombreuses autres conceptions – comme celle d’Ota Sik ou de Wlodzimierz Brus – décrivent une économie mixte associant des prix fixés centralement, pour les produits de première nécessité, avec une large gamme de biens dont les prix varient librement. Au final, quelle que soit la vision du plan, nous sommes loin d’une centralisation extrême ! Personne n’est assez fou pour prétendre déterminer quantitativement – depuis son bureau – l’ensemble des relations économiques.

À propos des critères sociaux et environnementaux de la planification

L’idée d’inclure des critères sociaux et environnementaux au sein des programmes de planification ne constitue pas une lubie du candidat Mélenchon saupoudrée d’arrières pensés purement électoralistes. L’idée date des années soixante. Ainsi Garcia publie, à la suite de Jacques Antoine et de Jacques Delors, en 1966 un article intitulé « la planification sociale »(4). Son but est de faire sens au développement économique en dotant les programmes de planification d’objectifs clairs d’amélioration de la qualité de vie et de réduction des inégalités.

L’aspect écologique est lui aussi évoqué au cours de ces années par le terme de « planification écologique », concept forgé aux États-Unis à l’université de Pennsylvanie par le professeur Mac Harg et développé en France par Max Falque et Jean Tarlet(5). La planification écologique part alors du constat « que la nature nous rend gratuitement de précieux services (…) et que les activités humaines au lieu de bouleverser le milieu physique (…) doivent au contraire en étudier les lois, les respecter et les utiliser pour éviter de compenser à bien plus grands frais les équilibres naturels détruits »(6). À noter que son principe apparait également au cours de la décennie suivante dans les propos des économistes russes qui se rendent compte de l’impérieuse nécessité de préserver la nature(7).

La planification écologique n’est donc pas une « formule magique », comme le laisse entendre sottement Libération. Il s’agit bel et bien d’un concept de coordination de l’économie, fondé sur la préservation de la nature, élaboré depuis plusieurs décennies.

Enfin, la presse s’acharne – sous prétexte que le terme de planification apparaît à la fois dans le programme de Monsieur Mélenchon et de Madame Le Pen – à opérer un rapprochement entre les visions de ces deux candidats. Nul besoin pourtant d’être un grand spécialiste de l’économie pour s’apercevoir que ce terme peut recouvrir des différences fondamentales. Ainsi il n’y a pas grande similitude, si ce n’est une volonté de prévoir, entre le dessein de planifier ses vacances et le fait de coordonner l’économie de la nation.

La planification stratégique du Front National et la planification écologique de la France Insoumise

Le Front national (FN) utilise exclusivement l’expression de planification en association avec l’adjectif « stratégique ». Naturellement, il ne s’agit pas d’un hasard. Bien au contraire, l’expression de planification stratégique renvoie à une doctrine qui a été forgée au cours des années soixante et qui s’est surtout développée durant les années quatre-vingt c’est-à-dire au moment où les recherches sur la planification de l’économie nationale s’éteignaient !

Le terme de la planification stratégique n’a jamais été employé, ni dans la planification impérative en vigueur sous l’U.R.S.S, ni même dans la planification à la française en dehors d’une brève apparition dans le Xéme et dernier plan produit par le Commissariat Général du Plan (CGP). Pour cause : son application à l’économie de la nation est loin d’aller de soi et a fait l’objet de peu de travaux exceptée la publication du professeur Paul Zagame(8) qui ne trouvera jamais de ramification. La « planification stratégique » est avant tout une méthode de planification des entreprises destinées à pallier autant que possible le manque de visibilité à long terme dû à la disparition de planification nationale.

Contrairement à cette dernière, la planification stratégique n’a pas pour but d’instituer une économie mixte conciliant harmonieusement plan et marché. Elle prétend uniquement anticiper aux mieux les évolutions. La planification stratégique a donc pour objectif de permettre aux firmes d’avoir un coup d’avance dans la compétition mondiale en s’adaptant aux évolutions futures sur lesquelles elle considère n’avoir aucune prise. En effet, son propos n’est pas de remettre en cause la concurrence mondiale généralisée, dont elle accepte le principe, mais d’en tirer les marrons du feu.

À l’inverse, la planification nationale s’attache à introduire de la coopération, de la cohérence dans les situations nombreuses où la concurrence n’apporte pas les résultats escomptés tant en termes d’efficacité économique (hausse des prix, création de monopole privé, etc.), de bien-être ainsi que de sauvegarde de l’environnement. Elle intervient comme un mode de régulation alternatif et / ou complémentaire en permettant notamment de penser le long terme. En ce sens elle représente une reconquête collective du temps long, condition sine qua non à la mise en œuvre d’une écologie politique.

Conclusion

Les médias se complaisent à présenter la planification comme une notion archaïque, archi-centralisée où l’écologie ainsi que la thématique sociale n’y figurent que pour des raisons d’opportunité électorale. Cette présentation se heurte cependant à la réalité intellectuelle des débats et des réflexions sur le Plan. Les aspects sociaux et environnementaux commençaient à s’inclure dans la totalité des programmes de planification lorsque ceux-ci ont été abandonnés au profit du laissez-faire. Jean-Luc Mélenchon ne fait que reprendre la réflexion, là où elle a été piteusement sabordée. L’article récent du professeur Andreff(9), présenté en décembre dernier à la Maison des Sciences Économiques, tout comme les colloques, les textes publiés par les membres de Nouvelle Planification Républicaine marquent un renouveau de la thématique.

Enfin, on l’a vu, la planification version FN n’a rien à voir avec celle proposée par le candidat de la France insoumise puisqu’elle vise non pas à établir une économie mixte mais à déceler les opportunités au sein d’une concurrence généralisée.

L’association Nouvelle Planification Républicaine regrette profondément la confusion que cherchent à semer les journalistes en se contentant d’assertions sans fondement et les engage à profiter de l’évènement crucial que constitue l’élection présidentielle pour organiser de véritables débats de fonds sur les modes de régulation de l’économie.

Le Conseil d'Administration

(1) On pense notamment au modèle de Système Optimal de Fonctionnement de l’Économie (SOFE) mis au point par Nikolaï Fedorenko.

(2) Cela est également le cas dans les modèles de planification « décentralisée » français tel celui de Malinvaud.

(3) Confère les travaux du professeur Liberman.

(4) Garcia A. (1966), La planification sociale, Revue économique, volume 17, numéro 2.

(5) Voir notamment Mac Harg I. (1969), Design with nature, The natural history press, mais aussi Falque M. (1972), « Pour une planification écologique », L’irrigant, numéro 59 ou encore Tarlet J. (1985), La planification écologique, Economica.

(6) Tarlet J. (1977), « Milieu naturel et aménagement. Les méthodes de la planification écologique », Revue Économique, volume 86, numéro 474, p. 170.

(7) « Les ressources naturelles ne sont pas inépuisables ; nous sommes contraints de rendre à la nature, ne serait-ce que partiellement, ce que nous lui avons pris. D’où la nécessité d’investissements pour "restitution", voire amélioration des conditions naturelles dans lesquelles s’exerce la production (lutte contre la pollution de l’atmosphère et l’érosion des sols, épuration des eaux, reboisement, etc.) » Antchichkine A. (1973), Théorie de la croissance de l’économie socialiste, Éditions du progrès, Moscou, p. 33.

(8) Zagame P. (1993), « Planification stratégique. Quelques réflexions pour une transposition à la planification nationale », Revue économique, no 44.

(9) « Edmond Malinvaud et la planification décentralisée ».

#Communiqué #Électionsprésidentielles #Mélenchon #GillesBouleau #LePen #FrançoisRuffin #LéaSalamé #AurélieDelmas

0 vue
Nouvelle Planification Républicaine

Soutenez l'association !

  • Twitter
  • Facebook
  • YouTube