HISTOIRE DE LA PLANIFICATION

La volonté commune aux planificateurs a été de réduire les évolutions de prix erratiques propres aux économies de marché. Des évolutions qui sont la cause des crises périodiques, du chômage ou encore de la tendance récurrente à la surproduction. Plus particulièrement dans les pays de l’Est de l’Europe, l’idée de planification née de la volonté de « limiter l’anarchie » du marché et de s’épargner les crises récurrentes et violentes que connaît le capitalisme. La planification a ainsi permis, en Russie, une industrialisation rapide, très rapide, allant jusqu’à transformer en un court laps de temps « un pays arriéré, agricole, en une puissance industrielle géante »[1] (Nove A. (1963), L’économie soviétique, Plon, p. 23). Une puissance industrielle capable en moins d’un quart de siècle de rattraper et même de dépasser, dans la course à l’espace, les États-Unis.

 

Dans les pays d’Europe occidentale la planification découle d’un impératif économique. Si « l’État et le citoyen ont acquis, petit à petit, de plus en plus de responsabilités dans la direction et le contrôle de la vie économique », déclare l’économiste suédois Gunnar Myrdal, « ce sont les événements et non un choix conscient qui les y ont amenés. »[2] (Myrdal G. (1963), Planifier pour développer. De l’État- Providence au Monde-Providence, Les Éditions Ouvrières, Paris, p. 29). L’ensemble des méthodes ou habitudes qu’a constituées la planification dans les pays occidentaux n’est pas l’application d’une doctrine préconçue. Elle trouve sa légitimité dans la nécessité absolue de coordonner les décisions et les comportements économiques. Elle a dans les pays occidentaux largement contribué à réindustrialiser l’Europe et à achever la reconstruction de la France, s’accordent les historiens, à peine une quinzaine d’années après la fin de la guerre.

 

De nombreux pays en développement se sont essayés, à un moment ou un autre, à l’exercice d’une certaine forme de planification. Tel fût d’abord le cas du Mexique dès 1928. L’Inde lui emboîta le pas cinq ans plus tard avec la prétention de doubler son revenu national. À partir de 1960, 14 pays d’Asie, 7 d’Afrique et 2 d’Amérique latine avaient leurs plans. Enfin, six ans plus tard en 1966 pas moins de 18 pays d’Asie, 26 d’Afrique et 20 d’Amérique latine disposèrent d’un Plan sous forme d’un programme économique à long terme. L’engouement pour la planification dans les pays en développement tient, principalement, à deux raisons :

Premièrement, dans l’espoir d’accroître leur volume de production, ces nations s’attachèrent à développer prioritairement les infrastructures et augmenter leur fourniture  d’énergie. Un choix qui imposa une orientation spécifique et durable des investissements, ainsi que des fonds disponibles, que le marché, caractérisé par son niveau d’incertitude et sa tendance à privilégier le court terme, n’était pas en mesure d’assurer. La planification constitua donc l’unique secours de ces nations et le seul espoir d’élever leur niveau de vie.  Deuxièmement, la situation d’extrême délabrement de certaines branches de l’économie – en particulier la santé, la culture, etc. – nécessitèrent, pour être réhabilitées, des niveaux d’investissements dont l’importance était incompatible avec la perspective de réaliser un gain ou un profit à court ou moyen terme.  L’État, par l’intermédiaire de programmes pluriannuels, était l’unique acteur capable de réaliser les dépenses d’infrastructures nécessaire à la réhabilitation de ces branches, condition indispensable pour inciter des entreprises privées à investir.

 

La caractéristique essentielle des premiers plans fût de privilégier le secteur industriel. Ce choix se justifiant à l’Est par le souhait  d’industrialiser l’économie, et dans les pays de l’Europe occidental par le besoin pressant de reconstruire au sortir de la seconde guerre mondiale. Un régime de croissance « déséquilibrée » fût adopté avec pour objectif de concentrer dans l’industrie le maximum de ressources au détriment du secteur agricole. Cette affectation prioritaire des ressources au bénéfice de l’industrie a permis d’industrialiser, ou réindustrialiser, rapidement l’Europe ainsi qu’un développement spectaculaire de l’industrie dans les pays de l’Est. De ce point de vue la planification a largement atteint son objectif.

Mais cette croissance déséquilibrée s’est également traduite par une série de tensions notamment dans les autres secteurs moins bien lotis. Toute la stratégie des libéraux a été de présenter la concentration des ressources au sein de l’industrie, non pas comme  un choix provisoire des planificateurs, mais comme une erreur témoin de l’incapacité de la planification à remplacer le marché. C’est en usant de cette forfaiture intellectuelle que les libéraux ont invité les peuples à mettre en cause les bienfaits des programmes de planification et à opérer un revirement libéral, non sans avoir odieusement assimilé la planification – là ou cela était possible de le faire – à un régime dictatorial.

Pourtant, les premiers temps du revirement libéral écoulé, l’enthousiasme s’est largement dissipé. Dans de nombreux pays de l’ancien bloc de l’est, le chômage a explosé et la pauvreté a gagné du terrain à vitesse géométrique.  

La situation dans les pays d’Europe occidentale n’est guère plus réjouissante. La plupart d’entre eux, inspiré par les exemples des pays de l’Est, abandonnèrent les méthodes de planification qu’ils avaient développées sous la forme d’une programmation de l’activité économique. Il en résulta un effondrement du taux de croissance de la production et une hypersensibilité de l’économie à la conjoncture internationale qui ne pouvait désormais s’appuyer sur la vitalité de la demande intérieure.

Nouvelle Planification Républicaine

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